Témoignage du premier auteur ayant publié aux Éditions du Noyau, un grand merci pour son investissement.

 

        Un jour j'ai croisé Michael, c'était certainement dans une de ces soirées biennoises enfumées et bruyantes. Il m'a parlé de son projet en cours : créer une maison d'édition et y effectuer la reliure à main. J'ai assez vite été emballé à l'idée de contribuer. Avant cette proposition, j'ai toujours vu les maisons d'édition comme quelque chose d'obscure et de lointain, j'imaginais un bureau vitré dans un building et un type assis derrière un bureau en bois massif. Une vision fantasmagorique et décalée, une image de l'acabit du show-business pop musique clichée et j'en passe. Le coté amical, proche puisque c'est dans la cité dont je foule le béton depuis une petite dizaine de bougies, m'a encouragé. Comme je suis des études dans le cadre de l'Institut littéraire, je me suis dit : « super, je vais pouvoir créer un projet et terminer sur un objet ». On sous-estime certainement la valeur d'un objet, de façon large parce que notre civilisation entière a opté pour l'indéfiniment remplaçable mais aussi plus spécifiquement dans ma filiale d'étude parce qu'un objet est un but, une confrontation forcée au lecteur et que cette création mène à voir l'acte créatif comme porteur de valeur et donc « à transmettre », il force aussi à mettre de l'attention et de l'engagement. Je ne sais pas si j'ai atteint « l'autre » objectif, celui d'être lisible et de transmettre quelque chose, mais je me suis astreint à y aller « pour de vrai » et non pour répondre aux attentes d'une formation.

 

         L'atelier m'a plu, il se trouve pour l'instant dans l'appartement de Michael, j'ai trouvé que l'engagement d'un éditeur quand il va jusqu'à rompre la sacro-sainte imperméabilité de l'intimité est à marquer d'une pierre blanche. J'ai carrément reçu une copie de la clef et par la suite, me suis fait enseigner les rudiments de la reliure. Un travail répétitif et varié à la fois car bien que les étapes soient nombreuses (pliages; coutures; collages), nous y sommes astreints cent fois. En moyenne un livre demande quarante minutes de turbin, on conclura donc que c'est un ouvrage non négligeable. Non-négligeable mais agréable. Passer de l'écriture, une forme d'onanisme des neurones, comme tout onanisme, bien agréable, à la reliure a été une ressource nouvelle. Voir le livre qui se construit peu à peu, lentement, avec une vue sur les crêtes enneigées du jura a été riche. J'ai pu trouver une forme méditative de travail, l'éternelle répétition des mêmes gestes, la prise physique sur la matière, toutes ces choses que je n'ai pas derrière mon ordinateur.

 

                                                                  Bienne, printemps 2013.